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2005 : Dans le domaine vaste et complexe de la gastronomie française, il y a un met que l'on nomme Omelette Norvégienne. Mieux connu sous le nom de "Baked Alaska", c’est un dessert glacé avec une meringue chaude à l'extérieur et une glace à l'intérieur. Cependant, sur le plan personnel, c’est l'inverse. Ce n'est pas donné à tous les norvégiens de dissimuler une passion sous une surface froide – certain, croyez le ou non, sont toujours ennuyeux à l'intérieur – mais il y en a sûrement assez pour en faire une caractéristique nationale forte.

Peu de gens contredirait le fait que Anneli Drecker est une véritable chanteuse passionnée. Egalement peu de gens désapprouverait l’idée que son style et sa musique ont réellement un fort élément de "fraicheur" - de quelque chose de distant, détaché, réveur, quelque chose d’incorporel. Ce que Tina Turner ,elle, n’est décidément pas.

"c’est un vent froid pour un monde froid", chante-t'elle dans "Frolic", son second album solo. Ca n’est pas complètement métaphorique, non plus. Anneli débarque de Tromsø en Norvège, loin au-dessus du cercle arctique à 70° de latitude nord. Cette ville, berceau de l’université la plus septentrionale du monde, est un endroit où le soleil est englouti trois mois dans l’année par des bêtes mythiques, pendant que les aurores boréales se multiplient dans l’obscurité. C’est aussi le berceau de la scène musicale électronique la plus vivante de scandinavie, dont Anneli est la reine indisputée.

La belle, unique et obsédante voix d’Anneli Drecker est quelque fois comparée à celle d’Elizabeth Fraser de Cocteau Twins, bien que la portée et le contrôle de sa voix soient bien supérieurs. La comparer à une Annie Lennox en plus féminin, serait également assez juste.

Cette voix a été entendue la première fois en 1987, quand le trio Bel Canto de Tromsø a sorti l’album de leur début "White out Conditions" à Bruxelles sous label Crammed discs. Cette jeune et talentueuse chanteuse de 15 ans, avait déjà occupé un premier rôle dans un long métrage norvégien.

Selon ses propres dires, l'éveil musical d'Anneli fut lié à la découverte du 3ème single de Depeche Mode, "Just can’t get enough", dans la collection de disques de son frère aîné. Maintenant, 20 ans après, sa dette est en partie remboursée. Anneli, compositeur désormais accompli, arrangeur et programmateur à part entière, a fouillé dans le sac à malices du début et de la moitié des années 80, pour les sons et les grooves de "Frolic". Ce vieux mini-moog dans son studio n’est pas un simple élément de décoration. Elle décrit "Frolic" comme étant un album "de retour aux sources" ou "retour à la case départ", et commence à évoquer des artistes que nous pensions oubliés : Fad Gadget, Blancmange, Lene Lovich, Yazoo… et Depeche mode, bien sûr, bien qu’à peine oubliés. Leur producteur de longue date Gareth Jones a collaboré sur "Frolic".

Selon le dictionnaire Oxford, frolic veut dire "jeu amusant", "farce", "une fête joyeuse", "une explosion de gaïeté" … on saisit bien la finalité. C’est un titre pertinent pour cet album. Comparé aux chansons pop épiques de "Tundra" (2000), son premier album solo, "Frolic" est plus enjoué, plus relâché et détendu, rempli d’un fascinant mélange de savoir et d’innocence, qui fait vraiment la spécificité d’Anneli. Toutes les chansons sont en anglais.

Depuis "Tundra", il y a eu deux albums avec Bel Canto ("Retrospect" et "Dorothy’s Victory"). Anneli est partie en tournée et a enregistré avec les groupes norvégiens Aha et Röyksopp, et elle s'est consacrée à son jeu d'actrice et à de la musique "sérieuse". Elle a même réussi toute une saison en tant que jury dans "norwegian idol". Une longue carrière à se produire sur la plupart des continents lui a fait connaître une mine de styles de musique ethnique, enrichissant son propre vocabulaire musical. Dans l’intervalle, elle a appris à maîtriser ses outils numériques : "Frolic" est écrit, composé, arrangé, programmé, produit et co-produit par Anneli M. Drecker, c'est aussi elle qui joue des claviers, fait les samples… et bien sûr, c'est elle qui chante.

La gente masculine lui manifeste son respect, bien sûr. Le premier single, l’élégant "You don’t have to change", est co-produit avec ses compatriotes du monde électronique, Röyksopp. Les deux chanteurs invités sont Nick Sillitoe de Illumination et William Hut de Poor Rich Ones. Les principaux collaborateurs sont Gaute Barlindhaug (programmation, claviers, co-production) qui enregistre sous le nom de Kolar Goi, et Raymond Hansen (programmation, claviers, co-production) connu sous le nom de Syntax Erik. Les deux viennent de Tromsø. Tout aussi cruciale fut la présence du multi-instrumentaliste Hans Peter Lindstrøm et Jonas Lie Theis (programmation, claviers, co-production).

Aslak Dørum de Dum Dum Boys joue de la basse sur "Strange little bird", alors que Lauren Savoy fournit sa voix sur le surréaliste et lugubre "Monkey Trap", qu’Anneli a écrit après avoir été complètement terrorisée par le film inquiétant de David Lynch "Mulholland Drive".

Mais globalement, "Frolic" c’est juste cela, un album pop enjoué et joyeux avec une touche de profond mystère, mis à l'honneur dans un son électronique net et souvent réel. Ajoutons à cela l'une des voix les plus belles, les plus sexy, les plus fascinantes - en somme les plus cools - que vous ayez entendues de toute votre vie et ça sera un peu comme la dégustation d'un plat des plus savoureux, ou d'un dessert des plus sucrés, à la fois délicieusement glacé et d'une chaleur réconfortante.

Source : texte de Torgrim Eggen, pour annelidrecker.com

Traduit par Valérie, corrigé par Olivier ;-)
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